C’est parce que ça parle de mariage, de belle-famille, de secret de famille, de divorce, de justice, d’injustice dans nos contrées que ça intrigue, intéresse et attire.

Ils sont bon teint, enfin presque*. Ils sont locaux et non importés. Ils nous présentent le miroir de notre société, mais avec quel réalisme et talent. Wiri Wiri, « tourner autour du pot » est un téléfilm made in Sénégal mettant en scène les réalités de la société sénégalaise. Aujourd’hui, Wiri Wiri c’est 78 épisodes, une troupe théâtrale professionnelle, le Soleil Levant, un public conquis et des milliers de vues sur Youtube ( sans compter les vues sur les différents sites d’info sénégalais).

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Dès le premier épisode, ils plantent le décor. Je suis scotchée. Le contexte est saisissant mais très courant sous nos cieux. Un mari émigré laissant derrière lui une femme maltraitée par sa belle-mère. Tiens, ça me parle. Je pense à Fatou Diome avec son livre “celles qui attendent”. Je pense à toutes ces histoires lues, vues, entendues, de femmes restées au pays en attendant le retour du mari. Alors je m’accroche et je regarde les épisodes suivants.

Ils me montrent l’image de la méchante belle-mère. Celle qui terrorise le mari et qui ne respecte pas ses enfants. Mais ce phénomène, c’est du connu et comme pour le prouver, la team Wiri Wiri nous montre l’autre image de la belle-mère. Celle soumise au mari et qui ne vit que pour le bien-être de ses enfants, ses filles en l’occurrence. Tiens, ils viennent de me peindre les deux cartes d’identités d’une famille sénégalaise. Une famille dirigée par un père autoritaire et l’autre par une mère au caractère bien trempé. Pas de clichés mais la réalité donc je continue de regarder.

Soumboulou (droite) - Jojo (gauche)
Soumboulou (droite) – Jojo (gauche)

Ils me vendent du rêve à travers une histoire d’amour entre les deux acteurs principaux du téléfilm, Jojo et Soumboulou. Ils me rappellent l’importance du mariage, de l’amour, de la communication, du respect et de la responsabilité dans un couple. Que c’est beau. Pour une fois, il ne s’agit pas d’histoire d’amour entre Marimar et Sergio ou Isabelle et Pédro mais entre deux Sénégalais de bon teint (enfin presque). Bon je m’égare. De cette histoire d’amour, de ce beau mariage, ils y saupoudrent les ingrédients des réalités sénégalaises. Les belles-mères, les beaux-pères, les beaux-frères, les belles-sœurs, les voisins, le boutiquier du quartier … Enfin bref, vous m’avez compris. Je reconnais ma société. Je m’accroche de plus en plus au miroir Wiri Wiri.

J’y crois. J’y vois le reflet de ma société. Ils me présentent toutes les « sénégalités »  connues. L’importance et la banalisation du maraboutage dans les relations amicales et conjugales.  La violence dans les paroles et les gestes. La dimension du matériel dans l’esprit sénégalais. Que veux-tu de plus pour être heureuse, tu as une belle maison, une belle voiture… est l’une des phrases souvent criée dans ce téléfilm. Mais au-delà de ces « sénégalités », Wiri wiri revient sur certaines de nos valeurs : le Jom, le Ngor et le foula de plus en plus rares dans nos relations. Ils sensibilisent. Le poids de la justice dans les conflits personnels et litiges administratifs n’ont plus de secrets pour les fans de la série. Ils éduquent. Le respect des parents envers leurs enfants, dom nawléla  et le sort que nous infligeons aux enfants nés hors mariages, sont des thèmes abordés qui m’ont particulièrement marqués. Tout de suite, je pense à mes lectures, à l’ouvrage Impossible de grandir de Fatou Diome. Elle y parlait entre autres du regard de son entourage sur son statut d’enfant né hors mariage. Bref, vous l’avez compris, je suis accro à cette série. Ça me parle. Je suis abonnée.

Je crois en la sincérité des acteurs. A aucun moment je ne décroche. Je suis subjuguée par la sincérité et la ténacité de Binta, la gentille belle-mère. Je suis perplexe quand je vois les robes droites de Sa Neex, le méchant beau-père. Les couleurs et les cravates de Père Zora, le papa poule, me font mal aux yeux.  En totale admiration des débuts de pleurs de Mbaye, le beau-frère. Le personnage à la fois con et intelligent de Baye Fall me fascine, et pour finir je subis des électrochocs quand Soumboulou, l’actrice principale me lance “Je te Khais” ou que Jojo, le mari me crie du “j’ai Khonte de toi”.

J’allais oublier le décor et les tenues des acteurs. Mais quelle simplicité ! Pas de luxe clinquant ni de pauvreté criarde. Un juste milieu qui fait que chaque Sénégalais pourrait s’y identifier facilement.

Bien sûr, il y aura toujours des choses à améliorer mais je n’ai pas envie de les voir. Je n’ai même pas le temps de les voir en 29 min (durée de la série), tellement je suis happée par les réalités de ma terre d’origine.

Si vous ne connaissiez pas cette série ou que vous hésitiez toujours à vous y mettre, je vous conseille fortement de prendre rendez-vous sur la TFM les lundis et les vendredis. Sinon captez-la sur Youtube. Moment de détente garanti.

* enfin presque car la plupart des actrices de cette série ont recours à la dépigmentation de la peau, le khessal. Une pratique que je déplore pour ma part.

Aminata THIOR