Bye Paris, bonjour Cotonou! D’habitude, on célèbre le sens inverse. Lorsque quelqu’un quitte une ville africaine à destination d’une ville occidentale, on le célèbre. Pour le voyageur qui fait le sens inverse, l’on ne pourrait pas vraiment utiliser le mot “célébrer”. Lui, il est plutôt accompagné d’incertitudes, d’inquiétudes, de doutes et d’interrogations. Ceci n’est pas une généralisation mais un vécu. Et je pense que nous sommes nombreux à avoir fait le constat.

 

Ça va encore être long, mais courage. Je te promets une belle lecture. Tu sais quoi, j’ai pris du plaisir à écrire ces textes sur mon retour sur le blog et mon aventure au Bénin. Ils sont sans chichi. J’enchaine les phrases comme ça me vient à l’esprit. Sans pression, sans chercher à faire joli et concis. Je suis profondément animée par le partage. Par le besoin d’exprimer et d’évacuer tout ce que j’ai emmagasiné comme émotion, vécu, observations, questionnements durant cette aventure humaine et entrepreneuriale. Je me dis, en tout cas je l’espère, que tu vas ressentir ce plaisir lors de la lecture.

Ouaaah! A peine que t’as lu l’introduction et j’ai commencé à divaguer. Bref, je vais être focus. J’essaierai …! Sourire.

 

Je savais que l’Afrique ne faisait pas rêver (certains) mais pas à ce point…!

Etudiante, je m’arrangeais toujours (financièrement) à voyager. Ne pas systématiquement rentrer à Dakar pendant mes vacances scolaires mais plutôt découvrir d’autres villes et pays dans le monde. C’était un choix. Lorsque j’ai rencontré ma moitié, elle était plutôt dans cet état d’esprit de “toujours partir vers une nouvelle destination”. La chance! J’ai remercié le ciel pour ça. Lorsque notre miniature est venue au monde, cela ne nous a pas empêché de faire souvent nos valises et partir encore.  Et ces 3 dernières années, j’ai plus foulé le sol de plusieurs pays d’Afrique subsaharienne – en dehors du Sénégal. Seule ou avec des connaissances dans mon environnement professionnel.

Le fait est que, de tous ces voyages, depuis toutes ces années, avec mes camarades de classe ou avec les collègues, à chaque fois que nos discussions portaient sur la prochaine destination de vacances et que je lâchais le nom d’une ville ou d’un pays occidental ou asiatique, leurs yeux s’illuminaient. Ce sont des “Ahhh trop cool comme pays”, “Ah mais c’est génial Aminata”, “Ah, je l’ai fait aussi l’année dernière, c’est génial, tu verras”, “Ah la chance”, … qui sortaient de leur bouche. Ce n’est pas tout, l’expression de leur corps est plus joyeuse, ils sont plus curieux – Ils veulent savoir par exemple la durée du voyage, le prix du billet, si j’y vais seule ou accompagnée … –  Le constat est le même lorsque j’ai le même type de discussion avec des amis Sénégalais, Camerounais, Ivoiriens, Marocains ou autres. La joie et l’enthousiasme dominent toujours dans les échanges.

Evidemment tu me vois venir. C’est une évidence me diras-tu. Oui peut-être, mais quand tu le vis réellement, ça fait (un peu) mal, ai-je envie de te répondre. C’est d’une violence indescriptible. Mais bref, j’arrête de divaguer. Aujourd’hui, je me suis promise de rester focus, de ne pas te distraire. Tu me diras à la fin si j’ai tenu mon challenge! Non laisse tomber d’ailleurs, je ne le tiendrai pas. Sourire.

 

Je disais donc…

 

Et d’un autre côté, quand je tiens le même type de discussions avec les mêmes amis et collègues européens et que je leur donne le nom d’une ville africaine -subsaharienne toujours – comme destination de mon prochain voyage, le langage verbal et corporel est tout autre. Les questions se raréfient. L’enthousiasme baisse d’un cran et nous passons très vite à un autre sujet ou à l’autre collègue qui doit parler de son prochain voyage. Bien sûr qu’on me demandera qu’est-ce que je vais y faire? Si suis-je prête pour la chaleur et les moustiques? Yeah. ça parait cliché tout ça mais ce sont des faits et c’est ce qui m’importe ici. J’ai noté le même constat chez mes amis africains quand je leur sors cette destination africaine. Il y a peu d’entrain, peu de passion. Et des sourires timides.

Note : C’est grâce ou à cause de ce genre de remarques, vécu ou observations, que le slogan de mon blog s’appelle : “L’entre deux cultures”!

Ces réactions m’ont toujours déconcertée. Au fond de moi, j’ai toujours ressenti de l’amertume et un peu d’impuissance face à ce constat. Mais dernièrement cela m’a terriblement agacée.

Lorsque j’ai annoncé à des amis et collègues – de toutes couleurs et nationalités confondues – que je partais au Bénin pour 4 mois, la réaction de la majorité était d’une tristesse infinie à mon égard. Ils m’ont tous demandé ce que j’allais faire dans ce pays? D’ailleurs c’est où le Bénin? Ils m’ont demandé pourquoi le Bénin? Ils m’ont demandé si j’étais obligée d’y aller ? 4 mois Aminata? Ils m’ont presque tous traitée de folle. Même mon médecin traitant s’y était mis. C’est fou mais personne ne m’aurait posé toutes ces questions si j’avais donné le nom d’une localité au fin fond d’un village américain, me suis-je dit. Si quand même? Tu me diras en commentaire!

Cela faisait des jours en mars 2018 que je recevais ce genre de questions et remarques. Et j’étais toujours sur le point d’exploser à la figure de la personne qui me transmettait innocemment et inconsciemment son inquiétude. Mais j’étais tellement surprise par leur étonnement que les mots ne sortaient pas de ma bouche. Puis de toute façon, j’étais dans un autre état d’esprit. Les derniers jours avant le grand départ, l’excitation, l’embarcation dans une nouvelle aventure et le fait de me projeter travailler à temps plein sur ma startup m’accompagnaient au quotidien. J’encaissais donc facilement tout.

Et là, là, je t’entends me dire que je chipote. Que c’est normal qu’ils me posent cette question, ils ne connaissent pas! Mais non, ça aurait été pareil si c’était Dakar, Brazzaville ou Abidjan je te dis. Crois-moi, c’est du vécu. Et puis je ne te parle pas de Zanzibar et de safari voyons! Sourire.

Cotonou – crédit : CC

Le 1 er avril 2018, je quittais Paris pour Cotonou. Après un mois et demi passés dans cette ville, des Béninois m’ont demandé ce que je “foutais” au Bénin. Pourquoi ai-je quitté Paris pour le Bénin? J’étais souriante à l’extérieur et dévastée à l’intérieur. Jusqu’ici, ça allait. Que des Français et Africains vivant en Occident me posent cette question, c’est supportable. Que des Béninois eux-mêmes me fassent cette remarque, c’était de trop. J’étais partagée entre le fou rire et les chaudes larmes. Ce soir là, j’ai regagné mon appartement béninois vidée et pensive.

Tout ça pour dire quoi au final me demanderas-tu ? Que je ne t’ai rien appris de nouveau sur ce sujet. Mais je t’assure qu’il y a une réelle différence entre connaître “théoriquement” un fait et le vivre réellement. C’est violent. Déconcertant. Surtout quand tu compares ces remarques avec toute la littérature rose sur le continent.

Tout ça pour dire aussi que si je m’en tiens à ce contexte que je viens de te décrire, à mon expérience personnelle et aux discours roses sur le continent qu’on nous sert depuis quelques années dans les médias, j’ai juste envie de dire : non, l’Afrique ne fait pas (réellement) rêver.  Autrement, pourquoi autant d’inquiétudes, de questionnements, de mises en garde et de froideur envers elle?

Note : Après cette contextualisation que je viens de te faire, ne viens surtout pas me dire que je généralise… Haussement de sourcil.

 

Je disais donc…

 

Malgré les beaux discours sur elle, les slogans sexy – Africa is the place to be – malgré les chiffres prometteurs sur sa croissance économique et démographique et malgré sa jeunesse débrouillarde, l’Afrique ne fait pas rêver. Elle ne fait pas rêver les masses qui prennent les bateaux au risque de leur vie. Elle ne fait pas rêver son élite non plus. Cette élite qui m’a jetée plusieurs fois à la figure “mais qu’est-ce que tu fous au Bénin?” Elle qui avait la même expression de visage que le toubab lambda qui me demandait “si j’étais vraiment sûre d’y aller”.

Après, si cette question m’a terriblement énervée, elle m’a quand même permis de prendre davantage conscience de mon niveau élevé d’ignorance et d’inculture sur mon propre continent d’origine et sur ses habitants. That’s it. Et ça, je dois y remédier. C’est une urgence!

 

Bon alors, qu’est-ce que je “foutais” au Bénin?

En janvier 2018, en défilant sur ma Timeline Twitter, je suis tombée sur un tweet partagé par plusieurs entrepreneurs et “influenceurs” africains sur un programme d’accélérateur de startups africaines francophones, au Bénin : le programme Etristars.

Naturellement, je clique sur le tweet pour en savoir plus. De liens en liens, de lecture en lecture sur le programme, je me suis fait une idée et je suis passée à autre chose. Mais avant, j’avais noté dans ma to do list : “ À postuler Etristars avant le 28 janvier”  et j’ai également ajouté un rappel dans mon calendrier.

Je venais de décider de postuler à ce programme pour évaluer le potentiel de Setalmaa aux yeux des professionnels et entrepreneurs aguerris. Oui, vu la qualité des initiateurs du programme – Senam Beheton et Ulrich Sossou – et des mentors associés, j’ai considéré ma candidature comme étant un indicateur de la valeur extérieure de Setalmaa. S’il  est sélectionné, ça voudrait dire que je ne suis pas dans un nuage avec mon projet de média et que je devais continuer à travailler dur. De plus, mon ego en prendrait un coup positif. Rires.

Et s’il n’était pas choisi, ça allait toucher négativement mon ego et qu’il fallait aussi et surtout – dans tous les cas – que je continue à travailler dur. Voilà les motivations premières qui m’ont poussée à postuler. Le 28 janvier 2018, 1h avant la clôture des candidatures, j’ai postulé à Etristars puis je suis passée à autre chose – en oubliant complètement cette candidature.

En février 2018, j’étais tranquillement en train de chiller à  Cabo San Lucas, une ville touristique au Mexique lorsque j’ai reçu un mail d’Etristars : Setalmaa était pré-sélectionnée. Il fallait passer un entretien téléphonique 2 jours plus tard pour être définitivement sélectionnée. Ou pas!

 

Comme je t'aime bien je te mets la photo la moins Glam que j'ai gardé de ce voyage. Faux, c'est la seule où je suis en solo en fait :(.
Crédit photo : Aminata Thior. Comme je t’aime bien, je te mets la photo la moins Glam que j’ai gardé de ce voyage. Faux, c’est la seule où je suis en solo en fait :(.

 

L’entretien a exactement duré 30 minutes comme prévu. La connexion Internet n’était pas des meilleures et ma prestation était d’une médiocrité sans précédent. J’étais tout sauf précise, percutante, pertinente et convaincante. Je n’ai pas vendu Setalmaa comme je voulais et pourtant ce n’était pas la première fois que je faisais ce genre d’exercice. Je pleurais de colère à la fin du call. Colère contre moi-même. L’idée de ne pas être sélectionnée m’importait peu, c’était le fait de ne pas avoir bien fait ma part du job qui me mettait hors de moi…

4 jours plus tard, je récupérai mes valises sur le tapis de l’aéroport Charles De Gaulle Paris, les notifications sur mon numéro de téléphone français pleuvaient. L’une d’elle m’annonçait que Setalmaa était sélectionné. Je souriais bêtement. Je n’ai pas répondu au regard interrogateur de ma moitié. J’avais honte. Il allait juste me rappeler toutes ces fois où je lui ai crié que j’avais raté un examen ou un concours pour quelques jours plus tard, lui annoncer que j’avais eu la meilleure note ou le meilleur classement sur ce ledit concours ou examen.

Bref, ce n’était pas le moment de recevoir des remontrances ou regards assassins. Je me suis tue. J’ai passé les 5 jours suivants à m’interroger sérieusement cette fois-ci sur partir ou pas partir!

 

Rester à Paris et avancer seule sur Setalmaa ou partir pour avancer mieux et plus vite au contact de professionnels  ?

Inutile de vous dire que j’ai retourné la question dans tous les sens, pesé le pour et le contre, évalué l’impact sur ma vie personnelle et familiale, posé dix milles questions à mes proches et connaissances qui évoluent dans les sphères de l’entreprenariat, des incubateurs et des accélérateurs de startups. Partir au Bénin ou pas m’importait peu au final, l’avantage qu’allait en tirer Setalmaa en participant à ce challenge était au coeur de mes préoccupations.

Je décide d’y aller. Avec le soutien indéfectible de mon partenaire. Je venais de faire une parenthèse à mon job d’ingénieure Télécoms pour me consacrer à temps plein à Setalmaa. Entre rester sur Paris et mener seule ce projet et aller au Benin et être accompagnée par des professionnels pour faire avancer mon rêve, y aller n’était plus une option : c’était une évidence, je devais y aller. Et puis, que représente 4 mois dans une vie ?

J’étais plus que prête. Bae était “In”, notre miniature ne réalisait pas (elle croyait que c’était encore les déplacements d’une semaine que je faisais). Et il restait juste à prévenir mes parents et amis proches.

Lorsque je lui ai annoncé la nouvelle de mon départ sous forme de question hésitante – Setalmaa a été sélectionné pour un programme d’accélération au Bénin pour 4 mois et je me pose encore la question du partir ou pas partir – Mum ne m’a pas laissé terminer ma phrase. “Pourquoi tu hésiterais? Si ça te permet d’avancer sur ce projet, vas-y”, me lança-t-elle avec une forme d’évidence et de fermeté dans sa voix. Mon dieu, j’ai pleuré sur l’instant. Des larmes de joie.

Puis deux secondes plus tard, elle enchaîne en précisant « bien sûr, si ton mari est d’accord, c’est important, tu n’es pas seule, tu es une femme, mariée, mère, on vit dans une société de… » Sur un ton doux et plus mesuré cette fois-ci. Sa seconde nature avait pris le dessus, me suis-je dit. Soupir.

Pourquoi je te raconte cet échange avec Mum? Me demanderas-tu. Parce que cela a été aussi déterminant dans mon choix de tenter cette expérience. Dans mon choix de devenir la femme que je suis aujourd’hui. La première réaction de Mum découle de sa vraie nature : ambitieuse, déterminée et travailleuse. Le naturel et la spontanéité de sa première réponse m’ont fait pleurer. A ma place, avec les mêmes conditions, elle serait partie sans hésiter. C’est ça que j’avais ressentie dans sa réaction première.

Sa seconde réaction montre à quel point elle a refoulé ses ambitions et ses rêves pour se conformer aux obligations implicites ou explicites qu’infligeait la société à certaines femmes sénégalaises. J’ai grandi avec une mère donc qui a cette double nature : déterminée et ambitieuse mais freinée par une époque et un environnement qui ne lui ont pas donné la liberté d’explorer ses limites. Très jeune, j’avais décidé de prendre ce que je trouvais de meilleur en elle et j’ai repoussé de toutes mes forces sa peur et son refus de dire oui à sa liberté.

Oui je suis une femme. Oui je suis mariée. Oui je suis une maman.  Mais cela ne doit pas m’empêcher de prendre des chemins inattendus pour réaliser mes rêves. Pour vivre mes passions. Et ce, sans culpabiliser. Cette discussion avec Mum m’a fait repenser à mes propres promesses. Dans ces circonstances là encore, partir était une évidence pour moi.

 

La réaction de petit mari était d’une autre nature.

–  Dad, je pars au Bénin pour travailler sur Setalmaa. C’est très bien ça! Mais c’est super. C’est super. Tu rentres quand ?

–  Dans 4 mois!

– 4 mois? Ah non, tu déconnes ou quoi? 4 mois au Bénin? Mais qu’est-ce que tu vas faire de ton mari et de ton enfant?

– Bruhhh. Pas de réponse de ma part. Sourire agacé au bout du fil. Puis fou rire.

– Rires. Fou rire. Tu me surprendras toujours “Ma”- surnom qu’il me donne souvent quand il se remet de mes positions radicales”  finit-il par dire en rires.

– Hé ouais jeune homme, répondis-je. J’ai un homme qui déchire. Il tiendra bien la maison et notre miniature, t’inquiète, rajoutais-je sur un ton moqueur.

– Et toi, tu es prête? T’as pris toutes les dispositions nécessaires? Tu t’es renseignée sur le pays avant de partir ? Mais d’ailleurs, t’avais pas des soucis de santé? Enchainait-il

– Bonne nuit vieux, disais-je sur le point de raccrocher

– Mais je t’admire ma fille. Mais comment tu fais? D’où puises-tu cette force? Gngnagnagna …

– Bonne nuit “papeu”, nouyoulma Mum – Bonne nuit papa, salutations à Mum.

 

Note : un bout d’histoire de Mum et petit mari, je t’en avais parlé ici.

 

Je te parle de ces échanges avec ces proches car ma force, je la puise de mon entourage. Ils ne croient pas forcément en mes projets mais plutôt en moi. Quelques années plus tôt, je les embarquais dans d’autres projets. Aujourd’hui c’est Setalmaa. Demain, j’aurai certainement d’autres défis à relever et ils suivront. Leur respect et soutien envers mes folies me donnent cette sérénité dont j’ai besoin pour entreprendre. Pour vivre pleinement mes choix. Et ça, ça n’a pas de prix.

 

Enfin le départ!

A la veille du départ, j’étais certes excitée mais je flippais aussi. Partageant cette émotion mitigée à un ami, il m’a dit ceci :  

« C’est normal. Il y aura une période difficile.. L’éloignement, l’adaptation, le doute, les questions sans réponses, les choses qui ne marcheront pas comme tu veux, les coupures d’électricité, la chaleur étouffante,… Etc. Mais c’est normal de passer par tout ça. Ça va bien se passer. Au pire, tu n’auras aucun regret et tu aurais vécu une expérience inoubliable et particulièrement enrichissante. GO ! »

J’ai pleuré, mais j’ai pleuré, mais j’ai pleuré des larmes de joie. Et oui, au pire, j’allais  vivre une aventure enrichissante, acquérir et développer de nouvelles compétences et découvrir un nouveau pays. Au mieux : je rentre avec une réussite de Setalmaa – par rapport aux objectifs fixés.

 

Lundi 2 avril, premier jour à Cotonou et une aventure entrepreneuriale déjà validée.

J’étais venue à Cotonou pour faire accélérer un projet 100% média. Arrivée le dimanche 1er avril au soir, avec deux semaines de retard sur le programme qui avait commencé le 19 mars, je rencontrais physiquement les 3 dirigeants du programme dès le lendemain, jour férié.

Par un jeu de questions-réponses, Senam, Ulrich et Emmanuelle, les 3 professionnels que j’avais devant moi m’ont démontré la difficulté de vivre de mon média avec les modèles économiques que je leur avais listés. A travers leurs questions incisives, j’ai enfin pris conscience toute seule que toutes les ressources financières que je dégagerai de la publicité, du sponsoring ou de la vente de données que j’avais prévue, seront englouties dans la gestion du média. Et ce n’est pas fini. Senam, le plus féroce des 3, m’a détaillé une liste de médias grands ou petits, africains, européens, américains ou autres qui rencontraient des difficultés énormes à tenir par manque de fonds.

Ils m’ont démontré avec des arguments et des exemples concrets, de la nécessité de penser PLUS business. Que la passion seule ne suffisait pas.

Et tu sais quoi, rien que pour cet échange, j’avais validé mon programme. Quelque soit ce qui allait se passer par la suite, j’avais déjà beaucoup gagné. Pourquoi? Je serai restée à Paris, j’aurai continué à dépenser du temps et de l’argent à créer du contenu. J’allais continuer à croire dur comme fer que ce sera différent pour moi. Yeah! Que les médias souffraient à trouver un modèle économique viable, je le sais, ce n’est pas une découverte, mais moi, j’y arriverai. Je serai restée à Paris, le mot « passion » serait mon compagnon quotidien et tardivement, j’allais l’associer à sa moitié : le mot « business ».

Note : Cela peut paraître évident pour toi, mais les passionnés savent de quoi je parle!

Je n’ai jamais autant entendu ce mot en si peu de temps : business. C’est comme si je le découvrais. Je sortais de ce bureau avec un nouveau mindset, une nouvelle vision et la pleine conscience de la nouvelle direction qu’allait prendre Setalmaa à partir de ce moment là.

Bonjour Cotonou, merci pour cette belle matinée, me disais-je!

 

Ces choses qui ont fait battre mon cœur à Cotonou…

Tous les matins, dans les locaux d’Etrilbas, j’étais heureuse de croiser autant de filles que de garçons dans cet environnement Tech. Des jeunes femmes qui viennent de parcours et de milieux sociaux différents. A Etrlilabs, elles sont formées aux métiers de développeurs, marketeurs, designers, photographes ou community managers. Certaines d’entres elles sont incubées à Etrilabs et dirigent des startups prometteuses. Et tu sais quoi, les postes les plus stratégiques à Etrilabs, à part ceux des fondateurs, sont dirigés par ces jeunes femmes. Je pense fortement à elles à chaque fois qu’on me demande qu’est-ce qui t’as le plus plu à Cotonou.

 

De gauche à droite : Gaetane, Hadjara, Maryline et Vanessa, les 4 filles derrière Sewema, la plateforme qui propose des cours en ligne pour acquérir des compétences pour booster vos compétences et propulser votre entreprise.
Crédit photo : Etrilabs. De gauche à droite : Gaetane, Hadjara, Maryline et Vanessa, les 4 filles derrière Sewema, la plateforme d’Etrilabs qui propose des cours en ligne pour booster vos compétences et propulser votre entreprise.

 

Ensuite viennent ces images qui m’ont secrètement fait jouir. Et je pèse mes mots. Le principal moyen de transport à Cotonou, ce sont les taxis-motos communément appelés : “Zem”. On peut dire que c’est l’équivalent des cars rapides à Dakar. Les Béninois les plus nantis s’achètent leur propre moto ou une voiture.

 

 

Zem au Bénin
Crédit photo : Bonjour Cotonou – Les taxis-motos communément appelés « Zem » au Bénin

Mon 2ème coup de coeur portait donc sur les femmes assises sur ces motos. Si celles-ci étaient jeunes, il y avait quelque chose de terriblement sexuel et sensuel qui se dégageait en elles, à mes yeux. A leur vue sur ces “engins”, je souriais bêtement de plaisir et je me demandais, quel effet ça pouvait faire aussi aux hommes Béninois. Cette image, faisant partie du décor et de leur quotidien, perd toute sensualité ou émotion du genre. C’est la conclusion que j’en ai tiré après avoir posé la question aux intéressés.

Et lorsque celles-ci étaient plus âgées, la sensualité est remplacée par un côté artistique et poétique. Voir une femme mure béninoise sur un zem avec un gros sac sur la tête, un bébé sur le dos, un panier de condiments placé entre elle et le conducteur de Zem? Il n’y a pas plus beau tableau d’art que cette captation. Je souriais bêtement aussi de plaisir en voyant cette image esthétique, vivante et authentique tous les jours.

 

On en arrive au 3ème coup de coeur. J’étais certes dans un pays francophone mais j’avais une forte impression d’évoluer dans un environnement anglophone. A Etrilabs, les outils, les ressources virtuelles, les références bibliographiques, les messages affichés dans le hall des locaux, l’inspiration dans les projets, la veille, les recherches sur le net, tout était en anglais. Tout se faisait en anglais. Tout venait du monde anglo-saxon. Et cela m’a positivement marqué et m’a fortement inspiré pour le nouveau site de Setalmaa par exemple. Mais mieux encore, cela a confirmé une de mes convictions : la quantité et qualité de contenus que nous avons en Français dans des domaines sur l’entrepreneuriat, le marketing et autres est encore loin de celles qu’on peut trouver en Anglais. Et je pense que nous, Francophones, gagnerions à avoir le réflexe de s’informer et d’effectuer certaines de nos recherches en anglais.

 

Et le dernier coup coeur est porté sur le mindset des dirigeants du programme. J’étais dans un environnement où la culture du “faire, make, making” et du “résultat” était plus importante que la culture de l’affichage et de la communication sur les startups. Cela correspondait parfaitement à mon état d’esprit et j’étais tout de suite séduite par ce point.

 

Mais tout n’était pas rose non plus à Cotonou …

Qui a dit qu’on ne pouvait pas être seul en Afrique ? Foutaises! T’es choqué par ce mot ? Faut pas! Rendons aux mots leur précision et leur force. J’aime quand ils sont parfois crus et drus. Car c’est ainsi que je décris le mieux les émotions qui m’ont poussé à les choisir.

 

Bref. Je disais donc…

 

Je n’ai pas aimé Cotonou car je m’y suis sentie seule. Seule? Toi l’associale ? Diront des proches. Oui seule. Je suis de nature casanière et un peu associale sur les bords mais moyennant la base : quelques échanges chaleureux de temps en temps autour d’un verre ou autour d’un livre ou pour une discussion classique et totalement banale. Prolixe et agitée comme je suis, je débitais 10 000 mots à la seconde, j’enchaînais les questions, les propositions pour sortir et découvrir la ville mais je trouvais toujours mes interlocuteurs (pas tous, la majorité) froids et méfiants. Cela m’a agacée et au bout de 3 semaines, j’ai arrêté de faire des propositions de sortie et je me suis enfermée sur moi-même et sur Setalmaa.

Avec le recul, je trouve que je me suis comportée comme une sale gosse. J’aurai dû forcer encore, ne pas me braquer et continuer à aller vers les gens, vers d’autres personnes. Au lieu de ça, je me suis enfermée dans une sorte d’amertume envers ces gens que j’ai finalement qualifié d’inhospitaliers mais, en réalité, ils étaient juste timides et peu habitués à mes propositions de sorties.

Dakar est ma ville de naissance, je ne pourrais jamais m’y sentir seule. La chaleur humaine que j’ai ressentie lors de mes courts séjours à Abidjan, Madagascar et Bamako m’a fortement marquée. Et non, je n’étais pas à Dakar ni à Abidjan mais à Cotonou avec une autre culture, une autre mentalité et je n’avais pas à m’attendre à ce que ça soit pareil que dans les autres villes africaines que j’ai visitées. Et là encore, j’ai pris conscience de mon niveau élevé d’inculture sur ce continent. C’est fou.

Un peu avant la fin de mon séjour, quand j’ai partagé cette solitude avec quelques uns d’entre eux, la majorité était peu surprise de cette (perception de) froideur que j’avais ressentie, mais surtout, ils m’ont expliqué le pourquoi (méfiance classique, question de budget pour certains, mon statut matrimonial pour d’autres…). J’ai énormément appris de cette période et c’est dans ces moments-là que j’avais envie de crier fort : “Mais qu’est-ce que je ne foutrais pas au Bénin? »

 

Par ailleurs, même si j’ai vécu cette solitude ou manque de chaleur humaine à Cotonou, j’en sors également avec énormément d’affection pour des gens qui ont rendu mon séjour inoubliable. Si Emmanuelle Bouiti, ex-cofondrice de Jokkolabs Dakar et digitale manager du programme Etristars n’était pas là, j’aurai certainement plié bagages avant la fin du programme. La jeune femme derrière le projet Akwewa, une plateforme de transfert d’argent et prochain concurrent des géants comme Western Union et Moneygram, a été ma première crush à Cotonou. Je n’avais pas besoin d’exprimer mes plaintes, elle les comprenait sans que je ne l’ouvre. Et que dire de ce coach personnel en marketing et booster par excellence ? Il avait ces mots magiques : prends tout ce que tu peux de positif dans ce programme et barre-toi, oublie le reste. Et les grands frères de la plateforme agricole de e-commerce Jinukun? Ils m’ont aidé à me focaliser sur mon objectif et de rentrer “gagnante” sur Paris. As-tu vu les dernières vidéos de Setalmaa faites à Cotonou? Tiens, regarde celle des fondateurs des gourmandises de Karelle. Elle a été réalisée par un beau goss, talentueux photographe, designer, vidéaste que j’affectionne particulièrement. Un jour, je te parlerai de mon taximan préféré à Cotonou. Il s’appelle Parfait et a été un personnage déterminant dans cette aventure. La liste est longue mais tout ça, je ne l’aurais pas vécu, ces gens-là, je ne les aurais pas rencontrés et je n’aurai pas découvert certaines facettes de ma personnalité si j’étais restée à Paris dans mon petit cocon confortable. Et là encore, j’ai envie de crier : « Mais qu’est-ce que je ne foutrais pas au Bénin en fait? »

 

Je n’ai pas aimé Cotonou non plus car je l’ai trouvée minuscule. Trop exiguë pour contenir toute l’énergie que j’avais besoin d’expulser et toutes mes émotions ressenties pendant ce séjour. En 3 semaines, j’avais fait le tour des restaurants recommandés sur les Internets et visité les quelques lieux touristiques du coin. Seule et le plus souvent dans un état de fatigue psychologique avancé.

 

Et enfin, Cotonou ne m’as pas séduit par ses Zem, principal moyen de transport dans la ville. Par manque de choix, je les ai souvent pris pour mes déplacements. J’étais toujours partagée entre l’excitation de rouler à vive allure sur les routes bondées de Cotonou, humant l’air frais et une réelle peur de me faire écraser par un automobiliste. Et d’ailleurs, je voue une profonde admiration à tous ces conducteurs de voiture dans cette ville. Leur patience et leur capacité de concentration sont à célébrer.

Le taxi était donc mon principal moyen de transport et c’est tout nouveau à Cotonou – Taxi Bénin est l’un des projets phares du président Talon mis en oeuvre un peu après son élection. Ils ne circulent pas dans la ville sans clients comme on peut le voir ailleurs. Il fallait donc avoir une liste de taximen à appeler à chaque déplacement ou alors appeler une centrale. Je devais donc préparer mes sorties à l’avance. Et si jamais aucun des taxis sur ma liste n’était disponible et que le numéro de la centrale sonnait dans le vide, j’étais fortement embêtée. Ce fait peut te paraître d’un détail phénoménal mais je me suis retrouvée tant de fois à sentir des larmes de rage couler sur mes joues pour des contraintes de transport. Rien que pour ça, je ne saurai l’omettre dans ma liste de moins bons souvenirs à Cotonou. 

 

Et le programme d’accélération dans tout ça ?

Je t’en parlerai au prochain roman également. Dans une autre plateforme d’ailleurs. Mais comme avant goût, sache que :

  • Je serais restée à Paris, j’aurais pas ce mindset business que j’ai aujourd’hui, ou alors ça allait me prendre du temps.
  • Je n’aurais pas eu cette possibilité de tester sur le terrain mon produit, avec la cible de Setalmaa, pas très facile à cerner.
  • Je n’aurais pas eu accès facilement à certaines ressources matérielles et humaines.
  • Je n’aurais pas trouvé rapidement où sont mes vrais défis et quels types de solutions mettre en place pour les relever. 
  • Je n’aurais pas eu ce « business angel » exceptionnel et profondément humain.
  • Je n’aurais pas dans mon réseau ces mentors de qualité qui m’ont énormément apporté et avec qui je suis toujours en contact.
  • et peut-être que je n’aurais pas accès à ce réseau d’investisseurs que j’ai aujourd’hui.

A Paris, ça aurait peut-être pris plus de temps pour avoir tous ces éléments obtenus en 3 mois et demi. Seule à Paris, j’aurais peut-être mis du temps à avoir les résultats et opportunités que j’ai aujourd’hui. Et là encore, j’ai envie de te crier : « Mais qu’est-ce que je ne foutrais pas au Bénin ? »

Et enfin tout n’était pas rose non plus dans ce programme mais je t’ai dit, je t’en parlerai au prochain roman!

 

Et si c’était à refaire ?

Je referais tout sans hésiter.

S’il faut repartir ailleurs pour réaliser mes rêves et vivre à fond mes passions, bien sûr que j’irai. Je douterai, je me poserai 10 000 questions mais je finirai par faire mes valises et y aller. Même avec époux, 3, 4 gosses dans les valises, je m’en irai.

Nous n’avons qu’une seule vie les amis. Enfin, je n’ai qu’une seule vie! Voilà pourquoi je t’ai répondu la dernière fois : “Mais qu’est-ce que je ne foutrais pas au Bénin?”

Embarquer dans cette aventure a été l’une de mes meilleures décisions de ma vie. Et sans me jeter des fleurs et en restant juste sur les faits, parfois, je suis fière de moi. Tu sais pourquoi ? Peu de personnes, femmes en l’occurrence, quitteraient travail bien payé, époux, enfant(s) et confort matériel pour aller vivre leur rêve. Et quand je prends totalement conscience de ce fait, je suis fière de moi. Même si je me casse la gueule avec Setalmaa d’ici quelques mois ou années, j’aurais quand même essayé. Et ça, cher ami, ça n’a pas de prix. Alerte! Alerte : #InstantNarcissimeTerminé. Rires.

 

Bon sinon fais un tour sur le site de Setalmaa. Si tu n’es pas la cible, ton bae l’est certainement. Et si jamais tu as une peau grasse et que tu vis quelque part en Afrique francophone subsaharienne, écris moi, la box beauty spéciale peau grasse de Setalmaa est faite pour toi.

#CestBienBeauLaPassionMais…

 

Merci à toi le courageux qui a lu ce texte jusqu’à la fin. Je t’admire. J’admire ta patience. Au prochain roman l’ami.

 

Aminata